LE MALAISE DES BANLIEUES  RED STAR 93

Nous publions la 2ème partie du reportage du quotidien L'Equipe (mercredi 19 décembre 2001), sur le désert du football parisien. L'article est de Jean-Michel Rouet, illustré dans l'Equipe, par une photo de l'entrée des joueurs de Noisy-le-Sec et Calais, lors d'un match de National, devant une tribune déserte.

LE MALAISE DES BANLIEUES

LE RED STAR ET LE PARIS FC SONT EN CFA, NOISY ET LES LUSITANOS S'ACCROCHENT EN NATIONAL. DANS L'INDIFFERENCE…

Derrière le Paris SG qui fera encore le plein du Parc des Princes, ce soir contre Auxerre, le football parisien va mal. Ses clubs végètent sportivement et ses stades sont vides. Il n'est plus question de trouver un résident au Stade de France. Notamment du côté du Red Star, longtemps candidat désigné, tombé depuis en CFA, la Quatrième Division, comme Paris FC, autre immense gâchis. Deuxième et dernier épisode d'une visite guidée dans une capitale en déprime.

Stade Marville

A LA SORTIE NORD de Paris, au bord de l'autoroute A 1, le parc de Marville, à La Courneuve, est un no man's land mal indiqué, mal éclairé, à peu près aussi fait pour la pratique du football de haut niveau que le boulevard périphérique pour un Grand Prix de F 1. Deux des meilleurs clubs parisiens, poussés hors de chez eux, y ont pourtant trouvé refuge, l'Olympique de Noisy-le-Sec Banlieue 93 (National) depuis le mois d'août, le Red Star 93 (CFA) depuis déjà plus de trois ans. La FFF n'a pas renouvelé au premier sa dérogation pour son stade Salvador Allende, non conforme. Quant au Red Star, il a laissé en 1998 son trop vétuste stade Bauer …
"En venant ici, nous avons perdu une grande partie de notre public, composé soit de jeunes soit de retraités, soupire Jamel Sandjak, le directeur général de Noisy. Le soir, les vieux ont peur de prendre le tramway, le seul transport en commun à desservir Marville, alors que les jeunes n'ont pas de voiture".
Voilà comment en cette pluvieuse soirée du vendredi 30 novembre, pour un match crucial en vue du maintien en National, Calais est venu affronter Noisy devant une centaine de spectateurs, dix-huit mois après avoir rempli le Stade de France, à 3 kilomètres de là, pour la finale de la Coupe de France contre Nantes (1-2) ! Il est vrai aussi que Marville est une aberration architecturale. Ancien cynodrome implanté sur des terrains propriétés du département de Seine-Saint-Denis et de la Ville de Paris, le stade a été très artificiellement porté à 10 000 places assises afin de satisfaire au règlement de la Ligue nationale de football, imposé au Red Star, en D 2 au moment de son déménagement. Or au moins quatre mille sièges poussiéreux et humides ne servent à rien : derrière chaque but, à 30 mètres de l'aire de jeu, la vue y est occultée par une piste d'athlétisme et obstruée par poteaux et grillages. De quoi vous dégoûter du foot.
De toute façon, contrairement à ce qu'annonçait, enthousiaste, Jean-Claude Bras, le président du Red Star, à l'été 1998. Marville n'a jamais accueilli 10 000 personnes, au mieux 4 493 pour une demi-finale de la Coupe de la Ligue Red Star – Gueugnon, au printemps 2000. Dans les grandes occasions, ils sont maintenant trois cents …

A MARVILLE, LES SUPPORTERS DU RED STAR SONT INTERDITS DE TRIBUNE PRINCIPALE

Est-ce d'ailleurs un hasard, si, en trois saisons à La Courneuve, le Red Star a connu … deux relégations ? La saison passée, il est même resté collé à la dernière place du National, en dépit du plus gros budget (25 MF) ! "Un gâchis insupportable", se lamentent ses supporters, désabusés, amers, qui enragent au souvenir de la florissante école de Patrice Lecornu (1), qui aurait dû disent-ils, pérenniser au moins le Red Star en D 2, avec des élèves comme Steve Marlet (Fulham) et Samuel Boutal (Troyes), ou, beaucoup plus récemment Kalilou Fadiga (Auxerre), Hakim Saci (Guingamp), Fousseni Diawara (Saint-Etienne) et Abdoulaye Meïté, la révélation marseillaise de la saison.
En lâchant Bauer, vénérable enceinte à l'anglaise, à la porte de Paris, près des Puces, du métro, de la vie en somme, le Red Star a perdu son ancrage populaire, son âme, et même ses couleurs, car ce n'est plus son étoile qui est rouge mais son maillot. Une insulte à l'histoire du club pour ses puristes.

Suite...

Page Suivante           Retour à la page d'accueil